Le Pen par ci, Le Pen par là, les médias français et européens semblent faire une fixette. Cette famille de beaux blonds aux yeux bleus aux idées politiques plus que douteuses qui sévissent en France et en Europe depuis plus de trente ans fait rage en temps de crises économique et politique, et il est aisé de penser qu’ils réalisent de bons scores grâce à leurs idées faciles d’accès dignes des meilleurs populistes. Alors pourquoi refuser de voter pour eux ? Pour leurs idées politiques ? C’est un bon début. En effet, avant d’être de bons populistes, les Le Pen, c’est d’abord une idéologie assez effrayante.

Dans la famille Le Pen, je voudrais la fille. Marine, tête du parti et grande gueule, qui refuse les débats contre les gens compétents comme Martin Schultz pour après dénoncer l’Europe comme cause de tous les maux. Marine, qui ne siège pas à sa place de député européen pour après dire vouloir détruire l’Europe de l’intérieur. Marine, qui prône la préférence nationale dans tous les contacts avec l’administration publique, notamment lors de l’octroi de logements sociaux, qui dit vouloir revenir au franc et à l’isolement français d’avant la construction européenne. Marine, qui a détruit le débat européen et fait des élections européennes un débat bien français et plus que jamais mal orienté.

Dans la famille Le Pen, je voudrais la nièce. Marion, la jeune, la belle, la séductrice, à la langue quand même bien pendue. Marion, étudiante démissionnaire d’Assas propulsée sur les bancs de l’Assemblée nationale grâce à un nom de famille plutôt accommodant pour faire de la politique. Marion, qui suit assidument les traces du nom Le Pen pour faire son trou, pour s’assurer les bonnes grâces des électeurs déçus des politiques précédentes. Marion qui tente déjà de se distinguer des idées phares du parti (notamment la peine de mort) mais qui assume toujours l’héritage populiste du parti familial. Marion, que nous n’oublierons pas de si tôt.

Et enfin, dans la famille Le Pen, je voudrais le père. Jean-Marie, qui nous fait rêver avec son œil en verre, ses phrases chocs que nous nous délectons de collecter. Car non, une personne atteinte du sida n’est pas contagieuse par sa transpiration, ses larmes, sa salive et j’en passe, non les chambres à gaz ne sont pas un détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, et surtout non, non, la déclaration des droits de l’homme ne marque pas le début de la décadence française. Mais Jean-Marie, c’est avant tout le début de l’épisode Le Pen dans l’histoire de la politique française. Celui qui a diffusé les idées nationalistes, racistes et xénophobes que sa fille tente aujourd’hui d’atténuer dans un objectif purement électoraliste. Celui qui ne voulait pas gouverner, juste parler pour ne rien dire, pour la provocation, et qui s’est malencontreusement retrouvé au second tour des présidentielles. Jean-Marie, c’est celui que nous regrettons quand même un peu aujourd’hui, dans le sens où il ne pouvait essayer de dédramatiser son parti comme le fait sa fille, puisque le drame, c’était lui.

Alors, après tout cela, pourquoi affirmer que je ne voterai jamais pour eux ? D’une part pour leurs idées, qui sont, je le dis et je le répète, l’annonce de la fin de l’histoire française de la démocratie et de la République sociale et solidaire comme elle a été fondée au départ, la fin d’une République qui se veut égalitaire jusque dans la devise française, et dans tous les principes qui fondent la vie des Français. Mais surtout, jamais je ne voterai Le Pen car ce serait tomber dans leur escarcelle de mensonge et de populisme, et j’espère être assez intelligente pour me rendre compte que le populisme n’est rien d’autre qu’une hypocrisie à des fins purement carriéristes. Alors pourquoi la tentation du point Godwin ? Notre histoire, celle de l’Europe et celle du monde est bien trop importante pour être oubliée. Les plus grandes horreurs de notre histoire ont démarré par des crises, des idées peu recommandables et des populismes qui, encore aujourd’hui et pour longtemps, feront froid dans le dos. Et le populisme ne doit pas être soutenu par des électeurs mal informés et bernés par de grandes phrases séduisantes, car il mènera, de toutes les manières, à la catastrophe et à la ruine de la République. Pour cela, rien de mieux que l’éducation, la pédagogie, et apprendre aux jeunes et aux moins jeunes que l’histoire ne se répètera que si on l’oublie.